Le bal des identités.

11/10/2016

Puisqu'il paraît que les lecteurs veulent connaître l'intimité des auteurs, voici une courte chronique de mon quotidien trépidant de plumitif acharné:

 

Cette nuit j'ai dormi. Pourtant je ne m'en pensais pas capable quand je me suis allongé à deux heures et quelques du matin aux côtés de la lumière de de ma vie. Je me suis glissé le plus furtivement possible pour ne pas troubler son sommeil et j'ai aussitôt pensé que j'avais fait une erreur. Que je n'étais pas encore si exténué que ça. Pas encore assez à bout, pas encore tout à fait au bout. Que j'allais chercher indéfiniment la position qui me permettrait de m'assoupir, de m'éteindre pour me recharger. Je me sentais encore trop loin, trop étranger. Ma présence au bal des identités paraissait vouloir durer. Mais finalement, l'étourdissement devait bien être suffisant puisque j'ai dormi.

Je me suis levé à six heures du matin. J'étais moi, pleinement présent, inclus. C'était incroyablement vivant, bouillant d'énergie comme sensation. Il me semblait même en percevoir une lueur, ou peut-être une couleur, irradier juste-là, à fleur de peau. C'était étrange, pas désagréable mais inattendu.

J'ai pénétré dans l'atelier du Camp de Base à huit heures trente. Programme de la journée : relecture, corrections, mise en forme et classement de tous les matériaux amoncelés sur mon bureau/établi. Ma machine à écrire (un micro-PC en fait) trônait de guingois sur le bordel ambiant tel que je l'avais abandonné la nuit dernière. Les jours sombres ont succédé aux nuits blanches sans répit ces derniers temps alimentant sans cesse le bal des identités de nouveaux danseurs. Toutes ces expériences, ces immersions en un autre ont donné naissance à ce fatras d'idées, de personnages et de leurs récits, confinés dans mon journal, jetés sur des feuilles ou dégrossis au clavier. Dormir m'a fait du bien, ça m'a permis d'envisager la tâche de façon pragmatique et distante. J'ai établi les corrélations possibles entre les nombreuses feuilles éparses puis je les ai empilées. Ce que j'ai écrit dans mon journal n'a aucune raison d'en bouger, j'aurai donc le temps de m'y pencher plus tard. Idem pour les narrations embryonnaires sauvegardées dans le dossier fourre-tout et foutraque intitulé "TOTALKO".

Je me suis donc attelé au travail de sélection, séparer les justes interrogations des raisonnements spécieux, l'expérience réussie de la facilité déguisée en innovation, différencier la belle tournure de la marque de style, le nécessaire à la narration de la marque de fabrique, la remise en question pertinente de l'opposition systématique, et extraire la création de la réaction, l'idée de la réflexion et la sincérité de l'authenticité... la fiction de la réalité et le réalisme du décor et de ses ornements en somme. Jeter tout le superflu, le bancal, le fade, le tiède... toutes les balles perdues. Ne garder que les HEADSHOT.

 

Il est 13H30. Je décide de faire une pause, les grognements d'ours au fond de sa caverne que mon abdomen fait entendre depuis un long moment m'obligent à aller me sustenter. Comme toujours quand je retravaille ainsi mes germes de futurs travaux une sensation étrange m'accompagne, et inlassablement la même question me taraude. J'ai décidé d'en faire le court texte que voici avant d'aller manger un bout.

La question qui me taraude , quand je me relis ? C'est « Qui a bien pu écrire ça ? »

Et bien entendu, subséquemment : « Qui suis-je ? ».

Tu trouves ça fou ce genre de questionnement ? Alors peut-être m'autoriseras-tu à te demander : et toi alors, dis-moi , qui tu suis ?

 

 

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