Extrait de "Signe (s)" Roman en cours d'écriture

14/09/2016

"Signe(s)" est prévu pour être le second volet de la trilogie "Au nom du père" entamée avec mon premier roman "Cycle(s)". Plutôt une trinité qu'une trilogie d'ailleurs puisque le lien qui les unit n'est pas narratif. Chaque roman est ou sera un récit complet indépendant mais les thèmes (obsessions?) qui les composent sont quant à eux interdépendants. En attendant la concrétisation de ce vaste projet et l'absolue certitude de pouvoir vous parler de ceux qui devraient voir le jour prochainement, voici un court extrait de ce qui occupe une partie de mes circonvolutions corticales et donc de mes jours et de mes nuits en ce moment. Bonne lecture et bon vent à toutes et à tous.

K.O.

 

« Ce qu'en pensait mon père :

L'Humanité en tant que dynamique évolutive est morte. Elle est passée d'espèce dominante à espèce encombrante. Et encombrée d'elle même. Les années 50 du siècle dernier ont sonné le début de l'agonie de l'Humanité depuis lors moribonde. Quand elle s'est souvenue du mot « Apocalypse ». Quand les individus qui la composent ont pris conscience d'eux même en tant que masse, et pris également conscience que cette masse pouvait désormais être anéantie d'un seul coup par l'existence d'une nouvelle arme, l'arme absolue : La Bombe.

Celle qui n'existait jusqu'à lors que dans les rêves des tyrans et les cauchemars des prêcheurs. De là, l'Humanité s'est sentie chétive et éphémère. La peur l'a paralysée, tétanisée. Elle a cessé de chercher des frontières à franchir. Elle a cessé d'évoluer pour se répandre, se multiplier, se métastaser, façon inconsciente d'assurer sa pérennité par le nombre face à la menace de voir disparaître ses individus par millions. Elle a cessé de croire à l'avenir pour s'empresser de tout piller, tout flamber, tout consommer et consumer avant l'arrivée de La Bombe Terminale.

Mais « Apocalypse » signifie « révélation » ce qui présuppose bien moins un instant précis comme une déflagration, un éclair ou un déluge de feu qu'une période, de longueur inconnue, une étape, un chapitre dans la narration de la vie pensante sur Terre.

Et alors, nous nous sommes fabriqué un Camp. Désormais surpeuplé. Nous avons fait du monde un camp. Nous vivons dans le Monde-Camp. Notre planète est notre camp. Nos satellites sont nos miradors. Nos téléphones portables, nos netbook, nos tablettes, nos GPS, nos consoles de jeu, nos paraboles, nos connexions internet sont autant de traceurs-espions individuels.

Les pubs, auxquelles nous ne parvenons jamais à ressembler, sont les kapos qui nous maintiennent dans l'humiliation. Nos infos et nos actus sont les kapos qui entretiennent notre peur. Nos chefs, nos patrons, nos élus, nos banquiers, nos assureurs, et nos supermarchés sont les kapos qui nous exploitent et nous éreintent au quotidien.

Dans le Camp nous ne sommes que des numéros (de matricule de pointage, de sécurité sociale, de permis de conduire, de demandeur d'emploi, de compte bancaire, d'abonnés de tel opérateur téléphonique, de tel fournisseur d'accès internet, d'adresse IP...). Nous ne sommes plus qu'une quantité de matière à valoriser puis renouveler... car le Camp est inhumain.

Le Camp est une machine, du grec : Makina qui signifie « stratagème », le Camp est la Machine Totale. Le stratagème que l'Homme a mis en place pour se contrôler, se réguler... pour se tuer en tant que singularité pensante, dynamique et évolutive.

Lente agonie d'une espèce en voie de disparition qui s'acharne à entraîner avec elle dans son ultime chute le maximum de Vie qu'elle côtoie.

Après quoi reste-t-il donc une raison de courir ?

Quelles frontières reste-t-il à franchir ?

Moi-même j'écris tout ça en sachant que mon espèce disparaîtra bientôt, victime de son autophagie et que le Monde-Camp que je décris n'existera bientôt plus, qu'il n'y aura personne pour me lire.

Pourtant je sens que je me dois de rédiger tous ces bouquins.

C'est ma quête, mon but, mon unique raison d'être.

Trouver sa route, sa voie, son âme en somme, est dans le Camp, la seule obligation de l'Homme d'Honneur, tout le reste est vaine agitation de mauvais comédien. »

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