Infinitifs de l'automate

11/09/2014

Etre aveugle, ou peut-être perdu dans le noir. Total. Profond.Anxiogène. Froid.

Entendre une voix impossible à localiser.

Nulle part/partout. Intérieure/extérieure.

Comprendre distinctement et de toutes ses particules qu'elle délivre une menace .

L'entendre dire :

«  Je te donnerai un CDI et un crédit immobilier en guise de privilèges, une parabole et une hyper-connexion à internet en guise de libertés et une carte de crédit doublée d'une carte d'électeur comme instruments de pouvoir. Et avec ceci je t'apprendrai la paresse que tu considéreras comme une vertu, le narcissisme que tu trouveras naturel, la masturbation que tu cacheras comme un ultime jardin secret pourtant connu de tous, la suffisance que tu appelleras assurance, l'intellectualisation que tu prendras pour de la réflexion, le consumérisme que tu confondras avec l'opulence à laquelle je voudrai te faire croire, le superflu qui sera ta notion de besoin minimum, le mensonge qui te semblera utile, la peur de la pauvreté que tu prendras pour de l'ambition puis le mépris des pauvres que tu croiras être la légitime défense de tes biens. Je te donnerai des infos et des actus en torrents dont tu ne sauras quoi faire alors je t'offrirai des causes et te laisserai donner naissance aux débats que tu appelleras évolution au lieu d'immobilisme et qui feront naître en toi la colère que j'attiserai alors en t'enseignant l'envie et la jalousie. Et enfin la haine. La haine des autres tout d'abord puis celle de l'autre plus simplement et enfin la haine de toi-même que tu continueras quand même à prendre pour de la misanthropie justifiée par l'évidente supériorité de ton originalité ; toi être unique parmi les hommes. Et ce moment venu, que tu respires ou non, nous saurons tous les deux que tu seras bel et bien mort. »

Trembler et suer de terreur. Se sentir gelé de l'intérieur.

Se dire que non, la carte de crédit et la carte d'électeur ne sont pas les moyens de changer le monde. Que le monde n'est pas un jeu de cartes ! Que le monde ne devrait pas être un jeu de cartes plus longtemps! Que n'utiliser ni carte de crédit ni carte d'électeur est le seul moyen de changer le monde ! Ce monde de joueurs dont on se sent n'être que les jetons sur la table.

Sauter sans y réfléchir et se retrouver perché un peu plus haut.

Regarder ses pieds et se rendre compte que l'on est debout sur ladite table/monde. Se sentir pris d'un élan à la fois extatique et dévastateur et balayer la table de toutes les cartes et les jetons qui y traînent à grands coups de saton salvateurs sans oublier d'en distribuer -par enthousiasme et pour profiter d'une si rare occasion- à travers le nez et la bouche de la poignée d'authentiques joueurs cyniques qui se sont octroyé la table.

Puis en descendre et la retourner violemment face contre terre, empaler en brochette ou en gyro de viande à kebab les joueurs susmentionnés, la religion, la bourgeoisie, le capitalisme, l'intégrisme, le fascisme et tous les « isme »inhumains que la Création a vu naître – y compris le crétinisme- la bourse, la politique, la loi, la monnaie sur chacun de ses pieds.

S'asseoir au milieu du plateau, au centre du ménage/carnage. Au milieu de ses dépouilles flasques et dégoulinantes érigées en un amas pointant vers un ciel de goudron dense et opaque.

Pencher la tête en arrière et fermer les yeux.

Sentir ses idoles sacrifiées se liquéfier en une flaque tiède et visqueuse qui s'étale sous ses cuisses et son bassin.

Ouvrir les yeux pour chercher une étoile ou une lointaine lueur.

Reconnaître une des fissures du plafond à la lumière rouge du radio-réveil.

Se réveiller tout à fait et comprendre qu'on est assis dans son lit. Et dans une flaque d'urine. Pester contre les défaillances de son corps. Mettre les draps à laver. Prendre une douche. Puis un café. Et ses cachets. S'habiller.

Contrôler l'image de soi réfléchie par le miroir.

Prendre sa sacoche, sac à main pour homme, vérifier son contenu.

Y retrouver, honteusement rassuré, sa carte de crédit et sa carte d'électeur.

Soupirer sur sa résignation, l'avaler puis fermer la porte derrière soi.

Et commencer une nouvelle journée, aller au boulot, faire semblant que tout va bien, qu'on est heureux, qu'on est libres. Tout en sachant que c'est la mystérieuse voix qui a gagné, que l'on respire ou non, on est bel et bien mort.

Et se contenter de donner quelques coups de pieds aux pigeons qui croisent son chemin.

Comme de menus caprices en guise d'exigences.

K.O.

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