Dedans ou devant?

14/11/2014

Plus qu'à franchir la porte du hall et...

Dehors. La journée est finie, terminée. Une de plus de passée. Une journée de travail de moins à subir et une journée de moins à vivre aussi. Encore une journée assassinée, de mes propres mains, sans sourciller, sans regretter. Ou juste par habitude, le regret aigre et bileux dont on renonce à se débarrasser, la gêne perpétuelle comme sentiment d'exister et lutter. Gâchée pourquoi cette journée ? Pour qui ? Pour rien, ni personne, un peu pour les autres quand même, enfin une poignée d'autres, d'anonymes ingrats...bof, à ranger avec l'aigreur de la goutte bileuse qui pique la glotte. Pour qui, pour quoi ? Parce que c'est comme ça, tout le monde fait ça, trouver sa place. Et s'y tenir. C'est ce qu'il faut faire, ce qu'on doit faire, ce qu'il y a à faire. Et voilà.

Pas de questions, des réflexes. Pas de logique, des automatismes. Pas de positions, des attitudes.

L'absurde et l'inutile.

L'ennui. Et l'amas.

L'entassement d'individus occupés mais désoeuvrés. Fonctionnement général de flux à orienter et valoriser. Toutes ressources exploitables et mercantiles. Tous mouvements générateurs de PNB. Laissez-vous aller, on s'occupe de tout !

Trois rues à remonter, deux passages pour piétons à franchir dont un avec feu. Feu piéton rouge. Flux piéton momentanément stoppé, regards fixés sur l'avatar androgyne anonyme lumineux. Le flux des automobiles est dense mais également discipliné. Les couleurs des feux s'intervertissent, c'est aux piétons d'exercer le privilège de mouvement. Chacun son tour, comme à confesse, comme à la caisse, comme au sortir de ta mère et comme l'arrivée au cimetière. Chacun son ticket, même si le numéro est illisible, on a chacun le sien, et une place réservée. Tout est flèché et indiqué on vous dit, ne vous inquiétez pas, continuez d'avancer, on s'occupe de tout !

Plus rien d'humain dans nos ectoplasmes mes frères d'insignifiance ! Plus rien de vivant dans nos carcasses mobiles aspirées par nos nombrils. Des bouches inutiles, des estomacs insatiables. Des métastases à deux jambes oui ! Les eaux usées de l'espèce. Un courant d'étrons et de déchets inutiles aux remugles acides qui se déverse avec toutes ses maladies infectieuses sur les trottoirs et les boulevards. D'ailleurs, regarde le flux dont je fais partie s'engouffrer dans l'égoût, les éclaboussures sonores des cascades-escaliers vers le métro-collecteur.

Arrivé sur le quai, s'approcher au maximum du bord. Voir les lumières arriver du fond du tunnel. Futur changement de prise en charge de la masse avec mutation et segmentation du flux. Alors, sauter dedans ou sauter devant ? Hésitation. Dedans c'est continuer, à subir, le gris, la monotonie, l'inutilité et l'ennui, mais assuré. Devant, c'est le grand mystère. On a tendance à voir ça sombre aussi, mais sans certitude. A part d'en avoir fini ici.

Trop tard. Le métro s'arrête devant moi, les portes s'ouvrent en soupirant, feignasses ! Le choix n'est plus à faire. Raté mon moment de liberté. Peut-être demain. Pour ce soir, je suis remonté dedans.

Pourquoi dedans ? Ben tu sais bien, la sécurité tout ça...

K.O.

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