• Kemi Outkma

Symbiote, criez pour nous.


La vérité c'est que quelque part sur le chemin de ma quête de la Lumière, j'ai perdu mon identité sous les attaques combinées de l'acide lysergique, de la psilocybine, mais aussi de la pure illumination- je serais bien incapable d'isoler le moment exact- quelque part entre mon moi, mon sur-moi, mon en-moi se sont érodés puis écroulés les repères et les limites qui me définissaient et me délimitaient en tant qu'individu, le schéma de fonctionnement de base qui m'identifiait en faisant de mes particularités une unité « consciente », cette espèce de volonté d'exister de l'ego m'a quitté pour faire place à une empathie viscérale et instinctive.

Je suis un amibe glouton qui se nourrit des identités des autres pour parvenir à éprouver quelque chose en traversant sa vie. Je n'existe plus finalement qu'à travers ces morceaux de sentiments, d'émotions, de souvenirs, de caractères, d'expériences, de mutations de l'âme que je parasite de ci de là avant de les mélanger, les compulser, de les synthétiser en un proto-individu, personnage de fiction que je « crée » -je mets des guillemets car je m'estime finalement plus témoin/sampler que créateur/démiurge- un agglomérat artificiel, quelque chose entre Adam et Frankenstein... un personnage bien souvent plus vivant que les personnes physiquement tangibles dans lesquels j'ai puisé pour lui lui donner forme et vie.

Il ne me reste plus alors qu'à l'écouter, de tout mon corps, de l'ensemble de mon système nerveux, en lui offrant toute la vacuité de mon cortex désincarné, l'écouter me raconter son histoire, sa vie, son être, puis lui donner la parole, donc la vie, rédiger ce qu'il me conte, ressentir ce qu'il ressent et vivre sa vie... oui, vivre un peu... enfin... mais seulement un peu, car la plupart du temps, une fois vidé de ses psychoses, de ses tourments, une fois libérés de ses confessions, il réclame la sérénité que seul la mort peut accorder. Et j'utilise alors le même outil qui m'a servi à le faire exister, pour l'anéantir: le Verbe.

Et je me retrouve alors de nouveau vide, au milieu des morts-vivants aux milieu desquels je me remets alors en chasse d'autres bouts d'identités, d'autres bouts de vérité... d'autres petits fragments de réel.

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